- Solutions grand public : pourquoi confondre "search" et
"computational" engines?
Courant mai, la sortie de Wolfram Alpha avait fait son bruit, de bonne qualité m'est avis, comme
on le disait ici.
Wolfram incarnait alors l'archétype de l'outil de niche, l'outil
"geek-profiled", pas forcément compatible avec la recherche grand public telle
qu'on la connaît depuis une bonne décennie. Et à raison, parce que
Wolfram n'a pas vocation à indexer l'Internet, mais à fournir des
calculs complexes sur une pléiade de domaines de connaissances
calculables.
ZDNet.fr publiait, début juin, un intéressant comparatif sur les performances
de Bing vs. Google, lequel mettait en exergue avantages et
faiblesses de chacun des protagonistes. On retiendra, entre autres, que Google
a toujours de l'avance sur la pertinence des réponses, même si Bing apporte
quelques fonctionnalités intéressantes (display de la recherche d'images, par
exemple). J'ajouterais que la gestion de l'appariement est assez raffinée chez
Google, ceci contribuant sans doute à expliquer cela.
Un peu plus tardivement dans le mois, TechCrunch US titrait :
When It Comes To Search Trends, Google Is Lagging Behind Bing
On pouvait lire, un peu plus loin dans l'article :
On Google, you can create charts showing the popularity of keywords using
Google Trends. On Bing, this feature is called xRank. For all but the most
popular terms, Google Trends shows a lag of about three days, whereas xRank
shows data that is up to date as of today.
Et Eric Shonfeld de souligner que This may not be a major feature, but
it shows a weakness in Google’s armor
: cela auguré par le co-auteur de TechCrunch-Us, ça
valait le coup d'être quoté!
Toutes choses égales par ailleurs, Bing est plutôt bien accueilli, malgré
des habitudes de recherche généralistes fortement liées à Google :
Bing gagnait 8% de VU sur le
mois de juin 2009, et Google le reconnaissait fin juillet comme l'alternative à la
Google-search.
Septembre. Pour la rentrée, Cuil - dont on a parlé ici il y a plus d'un an
maintenant et qui s'est modestement rebaptisé "the world's biggest search
engine" - a étendu son indexation aux contenus d'actualité, comme l'annonçait
ActuAbondance il y a
quelques jours de cela. Yuba, - qui vole pour le moment en dessous des radars du web et dont
on ne reparlera pas dans ce billet - refait parler de lui, avec une année de
plus également. Ils avaient participé au concours TheSearchRace l'an dernier -
remporté par iSeek pour la petite
histoire -, et soufflent donc leur première bougie en 2009.
Un petit tour sur Alexa devrait
permettre de se donner un point de vue sur l'évolution de ces différents
acteurs de la recherche en ligne. Voyons donc...

A première vue, rien de trop nouveau sous le soleil : Google est
toujours la référence, suivi de relativement près par Yahoo!. Quant à Bing, il
a trouvé une place et s'y tient malgré tout.

Cuil, stable sur les 6 derniers mois tout du moins, n'a pas pâti de
l'arrivée de Wolfram Alpha. A noter tout de même que sur le mois d'août, leurs
mouvements respectifs en termes de pagerank sont assez synchrones, ce qui
conforte l'idée de non concurrence entre ces nouveaux moteurs.
Décidément, comme on avait commencé à le dire ici, Wolfram Alpha ne devrait pas être inclus
dans le paradigme des "search engines", puisqu'il n'en est pas un : son
positionnement est explicable par son statut de "computational engine". L'ami Q
a d'ailleurs une bonne métaphore sur la question :
Wolfram Alpha est à Google et consorts ce qu'une équipe de rugby est
à une équipe de football : des gens qui ne jouent pas du tout le même jeu
et n'ont rien à faire sur le même terrain.
A noter qu'environ un an après l'acquisition de Powerset par Microsoft, la firme de Steve Ballmer initie un rapprochement entre Bing et Wolfram
Alpha. Bing entrerait donc dans l'innovation par la porte du "natural
language + computational search inside". Et Q de rajouter :
Mais qu'est-ce qu'une équipe de foot va bien pouvoir faire avec des
rugbymen? L'avenir nous le dira, mais on peut d'ores et déjà prévoir des
confrontations musclées...
Le point de vue de Q d'après les statistiques Alexa :

La diversification des activités de Google et Yahoo! fait que ces
statistiques ne peuvent être prises pour argent comptant. En effet, sur la
totalité des visiteurs de Yahoo! et Google, une partie non négligeable ne
visite pas le moteur de recherche en propre, mais bien le webmail. Or, les
statistiques de Bing ne reflètent qu'une pure utilisation de recherche, la
fréquentation du webmail de Microsoft -mail.live.com- étant bien séparée de la
fréquentation de Bing -bing.com-.
On aurait donc Google qui sur 35% d'internautes en attire 65% (21,78% une
fois les comptes effectués) sur la recherche, là où Yahoo, sur ses 26% du total
des internautes, n'en voit qu'un petit 10,5% visiter son moteur de recherche
(soit 2,72%). Et Bing devancerait donc Yahoo en affichant 3,3% des internautes,
tous en recherche.
Si les stats d'Alexa sont un tant soit peu fiables, et si mon raisonnement
n'est pas faussé par le jéroboam de palinka qu'on vient de descendre,
Bing pourrait être déjà le numéro 2 de la recherche en
ligne.
... une tendance qui devrait s'intensifier. Le récent rapprochement de Yahoo! et Microsoft - fruit d'une
négociation longue et riche en rebondissements - a suscité des interrogations chez certains, des réactions sur les perspectives de développement de cette union chez
d'autres. L'avis de Fanck Watson chez SearcEnhineWatch.com :
What impact will it really have? OK, Microsoft's market share will be the
combined number of the two companies. Add this to the slight rise Bing has
received through the new branding and advertising, and Microsoft may be able to
start grabbing a little more of the market from Google.
La très sérieuse étude comScore de juillet dernier, fait le tour de la
question :
The analysis reveals that while the two companies’ combined search share
still lags Google by a wide margin, their combined search audience offers
opportunity to become more competitive in the search marketplace.
Si Bing et Yahoo! parviennent à mieux fidéliser leur
audience - point fort à la faveur de Google -, ce
dernier pourrait céder une plus grosse part de cake à la
concurrence.
Merci à Q pour ses croustillants et pertinents insights sur la question!