Les mots, objets rentables valorisés par leur relation au Web?

Le JdN annonce que la chaîne de caractères "Emailing" a été déposée à l'INPI par la société Ludopia Interactive, au même titre qu'un nom de produit ou de service. Curieuse idée...
Regardons de plus près : sur leur site, la page vantant leurs offres de marketing direct mentionne

Nous vous proposons une mégabase de plus de 500.000 internautes que vous pouvez joindre par email, courrier postal, SMS ou téléphone pour des opérations de Marketing Direct ou pour des Etudes de Marchés et enquêtes.

Tout de suite, ça se comprend mieux : je vends des emails, une partie de mon activité est donc de l'emailing; il est certain que la cible visée opèrera très facilement l'association entre les deux. Descriptif, quand tu nous tiens!

Observons ce qu'il advint d'un cas analogue relayé par Legalis.net, avec le mot e-learning :

Force est de constater que ce terme anglais, à défaut de mot français équivalent choisi par les autorités compétentes en la matière en France, s’est imposé dans le secteur concerné avec la rapidité qui caractérise la communication par les réseaux électroniques et qu’au début avril 2000, il ne présentait déjà plus de caractère distinctif suffisant pour pouvoir être admis comme marque, utilisé seul et de manière non figurative, pour désigner des services de formation en ligne. Admettre la protection d’une telle marque reviendrait à ouvrir à la société E-Learning la possibilité d’innombrables actions en contrefaçon contre les utilisateurs de ce terme dans le domaine de la formation à distance, ce qui serait absurde étant donné sa généralisation.

Il convient donc d’annuler, mais uniquement pour les services énumérés de la classe 41, l’enregistrement de la marque “E-Learning” déposée à l’Inpi par la société E-Learning. Conformément aux dispositions de l’article L. 714-3 du code de la propriété intellectuelle, la décision d’annulation a un effet absolu.

Si l'on remonte un peu le temps, d'autres maux mots du Web ont également fait l'objet de polémiques, comme l'explique Sandrine Chicaud de 01net.com. La liste s'allonge un peu, avec entreprenaute et web réputation...
Je vous invite à lire ceci pour davantage quelques précisions supplémentaires, et ne résiste pas à citer Sandrine Chicaud :

Les marques, c'est un métier.

Ce qui me fait une belle transition pour laisser la parole à Quensis, dont c'est justement le métier : j'ai tenu à laisser la parole à Jean-Philippe Hermand et Delphine Parlier, co-fondateurs de la société de création de noms de marques, que je remercie de leurs réflexions avisées. Lisons-les donc :

« L’exemple du dépôt d’E-Mailing par Ludopia Interactive est exemplaire de l’ignorance dans laquelle se trouvent de nombreuses sociétés en matière de droit des marques. Il faut savoir que les marques descriptives ne sont pas protégeables, parce que pas distinctives ; il suffira à quiconque d’établir que « e-mailing» est un terme générique passé dans le langage courant professionnel pour faire invalider la marque déposée par Ludopia. Nous sommes ici dans un cas de figure similaire à celui d’E-learning. Par ailleurs, il est important de comprendre que l’INPI n’a pas vocation à effectuer les recherches d’antériorités des marques. La responsabilité en incombe au registrant, en l’occurrence la société Ludopia, qui aurait dû faire les vérifications préliminaires. En conclusion, une société qui pense s’adjuger un avantage en déposant « e-mailing» et qui risque d’en être pour ses frais. Il eût valu qu’elle soit mieux conseillée ».

What else?